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Amendement (sans numéro) — ARTICLE 58

Auteur : Davy Rimane — Gauche Démocrate et Républicaine (Guyane · 2ᵉ)
Texte visé : Projet de loi de finances pour 2027
Article : ARTICLE 58
Date de dépôt : 2026-10-31
Date de sort : —

Dispositif

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Exposé sommaire

La construction d’un collège de proximité à Trois-Sauts et d’un autre sur le Maroni-Lawa constitue un engagement gouvernemental formulé a plusieurs reprises depuis 10 ans. Une première étape vient d’être franchie : le 29 mai 2026, le préfet de Guyane, le recteur d’académie, le maire de Camopi et le président de la Collectivité territoriale de Guyane ont annoncé l’ouverture d’une classe de 6e à Trois-Sauts à la rentrée 2026, pour une quinzaine d’élèves. Un niveau supplémentaire ouvrira chaque année jusqu’à la 3e ; à terme, une centaine d’enfants pourraient en bénéficier. Faute de bâtiment dédié, cette première classe est accueillie dans l’espace de vie sociale du village. Cet amendement vise à donner à ce collège, et à celui attendu sur le Lawa, les moyens d’exister durablement dans des locaux adaptés, afin que le principe d’« égalité réelle » inscrit dans l’intitulé de la loi EROM (2017) s’applique sur l’ensemble du territoire guyanais.


L’objet de cet amendement visant à construire deux établissements du second degré au bénéfice des collégiens et lycéens vivant dans les localités les plus isolées de la Guyane est une recommandation issue du rapport parlementaire sur le suicide chez les jeunes amérindiens commandé en 2015 par le Premier ministre de l’époque, M. Manuel VALLS. 


Conformément au principe de continuité territoriale du service public de l’éducation, l’État est tenu de permettre aux enfants de Trois-Sauts et du Lawa, deux localités situées « aux confins du territoire de la République », de fréquenter un collège de proximité. Les enfants, les familles et les communautés concernés (Wayampis à l’Est et Wayana à l’Ouest) payent un lourd tribut du fait de cette carence. Il convient de toute urgence d’y mettre un terme pour que ces enfants appartenant aux peuples premiers de Guyane puissent jouir, comme tous les autres, de leur « droit à la vie de famille » (article 9 de la Convention internationale des droits de l’enfants). Il conviendra de part et d’autre d’anticiper la hausse des effectifs scolaires (environ 250 élèves concernés au total en 20252026) et la montée des cohortes depuis la sixième (rentrée 2026-2027) jusqu’à la terminale. 


L’ouverture progressive du collège de Trois-Sauts ne doit pas se traduire par une installation durable dans des locaux provisoires. Sous la pression démographique, de nombreux établissements guyanais fonctionnent déjà avec des préfabriqués et des bungalows, y compris pour la restauration. Ces locaux réduisent les espaces de récréation, sont mal adaptés aux fortes chaleurs et dégradent les conditions d’apprentissage. À Trois-Sauts, où matériaux et équipements sont acheminés par pirogue, un provisoire qui dure coûterait plus cher qu’une construction pérenne conçue d’emblée pour accueillir les quatre niveaux du collège.


Ces constructions doivent être adaptées au changement climatique. Les établissements guyanais sont exposés à des chaleurs croissantes, à des sécheresses comme en 2023 et 2024, qui compliquent l’approvisionnement en eau et l’acheminement par le fleuve, et à des inondations. Les nouveaux collèges doivent intégrer dès leur conception le confort thermique (ventilation naturelle, protections solaires), l’autonomie en eau et en énergie, et des espaces extérieurs ombragés, en s’appuyant sur les guides de bonnes pratiques existants pour le bâti scolaire en climat équatorial.


Ces collèges doivent également disposer d’une restauration scolaire. En Guyane, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Pour de nombreux élèves, le repas pris à l’école est le seul repas complet de la journée, et l’absence de cantine favorise l’absentéisme l’après-midi. Le Parlement a déjà retenu ce principe pour Mayotte : la loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit la construction d’un réfectoire dans chaque nouvel établissement scolaire. La même exigence doit s’appliquer en Guyane, avec une cuisine et un réfectoire, prévus dès la conception, et un approvisionnement qui valorise les productions locales.
De telles opérations d’aménagement scolaire représentent un véritable défi logistique mais leur coût financier n’est rien comparé à celui qu’endure ces populations. Et ce, depuis que ces deux peuples autochtones de Guyane accèdent au second degré du système éducatif public français, soit dans les années 1990 seulement. Passé 11 ans, les enfants Wayampis (vivant le long de l’Oyapock) et Wayanas (sur le Maroni-Lawa) sont contraints d’emprunter la route de l’« exil scolaire », dans la mesure où l’obligation scolaire est ici source de déracinement et de déstructuration à l’échelle des individus et de leur foyer familial, mais aussi pour les communautés concernées.   


À cette déchirure des liens affectifs vient s’ajouter un service de transport scolaire peu sécurisé en cas d’aléas climatiques et non garanti à toutes les petites vacances, et des modalités d’hébergement scolaires (en famille-relais ou en internat) qui demeurent insatisfaisantes, de l’avis même des pouvoirs publics locaux. 

Ainsi, par cet amendement, nous proposons de transférer 4 millions d’euros en crédits de paiement (CP) et autorisations d'engagement (AE) depuis l’action 12 « Soutien » du programme 139 « Enseignement privé du premier et du second degrés » vers l’action 5 « Action internationale » du programme 214 « Conduite et soutien des politiques de l’enseignement, de la recherche, de la jeunesse, de la vie associative et des sports ». Il convient de noter que cette proposition de mouvement de crédits est uniquement formelle, afin de respecter les règles budgétaires. Notre intention n’est pas de ponctionner un autre programme et nous appelons le Gouvernement à lever ce gage financier. 


Cet amendement a été travaillé avec l’UNICEF France.