Prix unique du livre dans les Pays des Océans : rupture de l'égalité culturelle
Auteur :
Béatrice Bellay
— Socialistes et apparentés
(Martinique · 3ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de la culture
Ministère attributaire : Ministère de la culture
Rubrique : outre-mer
Date de la question : 2026-01-27
Date de la réponse : 2026-08-18
(203 jours)
Texte de la question
Mme Béatrice Bellay appelle l'attention de Mme la ministre de la culture sur la persistance d'une profonde inégalité d'accès au livre dans les territoires d'outre-mer. De fait, si la loi n° 81-766 du 10 Août 1981, dite « loi Lang » instaure le système du prix unique du livre en France, son article 10 autorise des dérogations tarifaires pour les territoires ultra-marins afin de compenser les frais d'approche. En Martinique, un livre coûte en moyenne 15 à 25 % plus cher qu'en métropole, créant une barrière financière majeure pour les lecteurs ultra marins. Cette disparité tarifaire entre en contradiction directe avec l'esprit de la loi de 1981, par laquelle Jack Lang entendait faire du livre un bien culturel de première nécessité, accessible à chaque citoyen quel que soit son lieu de résidence. Ce qui devait être un outil de cohésion nationale devient, dans les Pays des océans dits d'outre-mer, un marqueur de l'isolement géographique et, malheureusement, une entrave à l'accès au savoir, à la littérature et à la poésie. Cette injustice est d'autant plus frappante lorsqu'elle concerne les auteurs issus de ces mêmes territoires. Aimé Césaire, Maryse Condé, Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, pour ne citer qu'eux, leur talent et leurs histoires subissent injustement ces prix élevés. Plus récemment, le dernier recueil de l'autrice martiniquaise Gaël Octavia, lauréate du Prix Goncourt de la Nouvelle 2025, subit ces mêmes hausses de prix sur sa terre d'origine. Il est paradoxal que des figures du rayonnement littéraire des Pays des océans dits d'outre-mer soient moins accessible financièrement à ses propres concitoyens qu'aux lecteurs de l'Hexagone. Ce surcoût engendre de surcroît une rupture de continuité territoriale et fragilise les librairies indépendantes qui peinent, souvent, à être attractives et suffisamment rentables. En conséquence, elle lui demande de bien vouloir indiquer si le Gouvernement envisage une révision des dispositifs de compensation des frais de transport pour les biens culturels afin de garantir un prix du livre réellement unique sur l'ensemble du territoire de la République.
Réponse ministérielle
L'article 10 de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre a prévu des dispositions d'application particulières en faveur des départements et régions d'outre-mer (DROM), initialement mises en uvre par le décret du 5 janvier 1983. Ces dispositions visent à permettre aux libraires des DROM de répercuter sur le prix de vente des ouvrages les surcoûts qu'ils supportent par rapport aux libraires de l'Hexagone, notamment en raison de frais de transport plus conséquents, la quasi-totalité des livres étant imprimée en dehors de ces territoires. Depuis 2002, un coefficient de majoration est appliqué au livre imprimé non scolaire, fixé aujourd hui à 1,15 dans l'ensemble des DROM. En revanche, le prix du livre scolaire et du livre numérique demeure identique partout. Ce coefficient, modeste mais nécessaire, ne suffit pas à lui seul ; il est donc complété par d'autres dispositifs de soutien aux librairies ultramarines, notamment la prise en charge des coûts de transport des ouvrages vers ces départements et régions : intégrale pour le maritime et partielle (50 %) pour l'aérien, mode de transport qui demeure indispensable afin de garantir au public un accès aux nouveautés dans des délais raisonnables. Ce dispositif est géré par la Centrale de l'édition, groupement d'intérêt économique d'éditeurs spécialisé dans l'exportation de livres, grâce à une subvention annuelle d'environ 3 millions d'euros, intégralement prise en charge par le ministère de la culture. Inscrit au programme 334, il a été préservé malgré un contexte budgétaire contraint. Loin d'entraver l'accès au savoir, cette politique vise, au contraire, à le favoriser en soutenant la viabilité économique des librairies des DROM. D'autres actions en faveur des librairies sont également mises en uvre, comme le programme « Jeunes en librairie », déployé par les directions des affaires culturelles, qui participe pleinement de la politique de sensibilisation à la lecture. Enfin, le Gouvernement accompagne également les bibliothèques de lecture publique qui jouent elles aussi un rôle essentiel dans l accès au livre et la découverte de la lecture.
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