577députés 17ᵉ législature

Question écrite n° 12299 Réponse publiée Source officielle ↗

Situation de l'entreprise Polytechnyl - Valence

Auteur : Paul Christophle — Socialistes et apparentés (Drôme · 1ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Ministère attributaire : Ministère délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'industrie
Rubrique : industrie
Date de la question : 2026-01-20
Date de la réponse : 2026-11-03 (287 jours)

Texte de la question

M. Paul Christophle alerte M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, sur la situation de l'entreprise Polytechnyl, implantée notamment à Valence, dans la Drôme. Cette entreprise industrielle historique, spécialisée dans la production de fibres textiles de haute qualité destinées notamment à l'automobile et à certains usages stratégiques, emploie près de 500 salariés en France, dont une centaine sur le site valentinois. Elle a été placée en redressement judiciaire au début du mois de janvier 2026, à la suite d'une cessation de paiement intervenue brutalement, après plusieurs années de fragilisation. Propriété du groupe germano-belge DOMO Chemicals, contrôlé par la famille De Clerck, Polytechnyl dispose pourtant encore de commandes en cours et d'un savoir-faire industriel reconnu. Les représentants des salariés font état d'une situation financière dont la gravité aurait été tardivement révélée, tant en interne qu'aux pouvoirs publics et s'interrogent sur d'éventuelles fautes de gestion majeures, voire sur une stratégie ayant conduit à organiser l'insolvabilité de l'entreprise. À l'heure où l'État affirme la nécessité de consolider les capacités productives nationales et de sécuriser les filières industrielles stratégiques, cette situation suscite une vive inquiétude quant à l'avenir du site de Valence et à la sauvegarde des emplois et des savoir-faire industriels qui y sont attachés. M. le député interroge enfin M. le ministre sur les mesures que l'État entend mobiliser, dans le cadre du redressement judiciaire, pour assurer la continuité de l'activité et la sauvegarde des emplois du site de Valence, alors que l'entreprise dispose encore de commandes. Il lui demande par ailleurs quelles sont les aides publiques dont Polytechnyl et le groupe DOMO Chemicals ont bénéficié au cours des dernières années, notamment depuis la crise sanitaire, ainsi que sur les conditions et l'usage de ces soutiens publics.

Réponse ministérielle

L'attention du Gouvernement a été attirée sur la situation de l'entreprise POLYTECHNYL, acteur industriel de la chimie des polymères et filiale française du groupe belge DOMO CHEMICALS, implantée à Valence et à Saint-Fons. POLYTECHNYL a fait face à des difficultés conjoncturelles et structurelles accrues ces derniers mois tenant principalement, d'une part, à une diminution de la demande de ses clients, notamment du fait des difficultés du secteur automobile qui représente 47% des parts de vente de DOMO et à la reprise lente du secteur du bâtiment et, d'autre part, à la dégradation des conditions de marché devenu surcapacitaire en Europe du fait d'une augmentation des importations avec des prix plus compétitifs en provenance de la Chine et des Etats-Unis. À ces difficultés, s'est ajoutée l'ouverture d'une procédure d'insolvabilité à l'égard de sa maison mère située en Allemagne rendant ainsi inéluctable l'ouverture d'un redressement judiciaire auprès du Tribunal des Affaires Economiques de Lyon au bénéfice de POLYTECHNYL le 8 janvier 2026. Cette procédure a permis à l'entreprise d'être placée sous la protection du tribunal pendant une période d'observation d'une durée de 6 mois, sous réserve de trésorerie suffisante, afin de faciliter l'émergence d'un ou plusieurs projets de reprise de l'outil industriel et des emplois correspondants. Durant cette période, le Gouvernement et les services de l'État et notamment la Mission Interministérielle aux Restructurations d'Entreprises (MIRE) mais aussi le ministère du Travail et des Solidarités pour les aspects sociaux se sont pleinement mobilisés autour de plusieurs priorités. Tel a été ainsi le cas, d'une part, pour l'accompagnement des salariés dans cette période difficile en intervenant auprès de différents acteurs et en débloquant le Crédit Impôt Recherche pour un montant de 6,3 M€ afin de permettre le paiement des salaires et d'assurer la trésorerie indispensable au fonctionnement de l'entreprise et, d'autre part, en rencontrant à plusieurs reprises à Bercy les représentants du personnel et délégués syndicaux porteurs d'un projet industriel visant à la reprise du site de Valence, mais aussi potentiellement, celui de Saint Fons. Enfin, la MIRE s'est entretenue régulièrement pendant toute la période d'observation avec les administrateurs en charge de la procédure collective et de l'appel d'offres relatif à la reprise de POLYTECHNYL mais aussi avec chaque entreprise ayant déposé une offre de reprise ou envisageant de le faire ainsi qu'avec un certain nombre d'acteurs industriels pouvant être intéressés par une reprise de tout ou partie de l'activité ou impactés par son arrêt. Malheureusement, et le Gouvernement le regrette profondément, cette recherche de repreneur n'a abouti qu'au dépôt d'une seule offre ferme de reprise portée par le fonds LONE STAR. Cette offre très partielle, qui permet uniquement la reprise des activités de R&D basées à Lyon et d'une partie de la propriété intellectuelle avec un périmètre social réduit à 72 salariés puis 78 salariés sur 547, a été validée par le Tribunal des Affaires Economiques de Lyon le 27 avril 2026. Le reste des activités a fait l'objet d'une liquidation judiciaire entraînant le licenciement de l'ensemble des autres salariés. Concernant les autres marques d'intérêt exprimées, il est à noter que le projet porté par l'Intersyndicale POLYTECHNYL n'a pu être déposé et examiné car il présentait des faiblesses trop importantes aux niveaux industriel, économique et financier et souffrait de l'absence de portage par un acteur industriel. De même, le groupe chinois qui envisageait éventuellement une reprise n'avait pas obtenu les autorisations indispensables de son gouvernement pour déposer une offre dans le délai fixé par le tribunal. Sur l'enjeu social, une attention particulière a été portée par les services du Ministère du Travail et des Solidarités, d'une part, aux mesures d'accompagnement, de reclassement et de reconversion des salariés licenciés dans le cadre du Plan de Sauvegarde de l'Emploi initié suite à la liquidation judiciaire avec la mobilisation d'un dispositif d'accompagnement et de suivi renforcé par France Travail et, d'autre part, à la situation spécifique des 43 salariés licenciés dans le cadre du Plan de Sauvegarde de l'Emploi de 2025 mais toujours en congés de reclassement. Pour ces derniers, une solution exceptionnelle et conjointe avec l'ensemble des parties prenantes (UNEDIC, AGS, mandataires judiciaires, ministères du travail et de l'industrie) a été trouvée et proposée aux salariés le 12 mai 2026 par les mandataires judiciaires chargés de la liquidation. Enfin, s'agissant des préoccupations relatives aux fonds publics perçus par la société et son actionnaire, il apparaît qu'aucun soutien public dédié n'a été accordé à ce titre, à la connaissance des services de l'État, au cours des dernières années. Le Gouvernement et les services de l'État, aux niveaux national et local, ont été pleinement mobilisés depuis décembre 2025 pour soutenir l'entreprise, les salariés et leurs représentants et pour rechercher une solution industrielle préservant au maximum les emplois. Cette mobilisation se poursuit naturellement avec le même objectif dans le cadre de la liquidation judiciaire avec des relations régulières avec les organes de la procédure collective, les acteurs industriels pouvant être intéressés, les représentants syndicaux et les acteurs territoriaux. Une attention forte sera portée sur le site de Valence mais il est vraisemblable qu'un projet de reprise du site drômois impose un apport de cash significatif, estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros pour tout repreneur potentiel.
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