577 577députés 17ᵉ législature

Question écrite n° 11163 Réponse publiée Source officielle ↗

Symbio : non à la liquidation sociale organisée de l'industrie française

Auteur : Idir Boumertit — La France insoumise - Nouveau Front Populaire (Rhône · 14ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Ministère attributaire : Ministère délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'industrie
Rubrique : industrie
Date de la question : 2025-11-25
Date de la réponse : 2026-05-05 (161 jours)

Texte de la question

M. Idir Boumertit interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur la situation alarmante de l'entreprise Symbio, implantée à Saint-Fons et sur le risque imminent de plan social massif ou de liquidation, qui illustre la fragilité de la filière industrielle française face au désengagement brutal de grands groupes privés et à l'absence de conditionnalité des aides publiques. Cet été, le groupe Stellantis, à la fois actionnaire et principal client de Symbio à hauteur de 80 % a décidé d'abandonner son programme hydrogène. Symbio avait pourtant dimensionné ses investissements, ses embauches et sa Gigafactory inaugurée en 2023 sur les besoins exprimés par Stellantis. Depuis ce retrait, la situation est critique : effondrement des carnets de commande, risques psychosociaux, chute des effectifs de 800 à 530 salariés en un an, plus de cent démissions et un CSE qui alerte désormais sur un risque réel de plan de licenciement voire de liquidation à très court terme. Cette crise locale reflète une crise nationale plus profonde : celle d'un modèle économique néolibéral, financiarisé et soumis à une concurrence mondialisée dérégulée, qui détruit l'appareil productif. Depuis 2017, l'investissement productif a diminué dans l'industrie manufacturière, tandis que les dividendes ont explosé. La productivité du travail, traditionnel atout français, est aujourd'hui inférieure à son niveau de 2017. Dans le même temps, la consommation populaire a reculé sous l'effet des politiques austéritaires et la contraction de la demande pèse lourdement sur l'industrie. La concurrence internationale est par ailleurs faussée : les industries respectent des normes environnementales mieux distantes et font face à un surcoût énergétique par rapport aux concurrents extra-européens. Face à cette situation, les gouvernements successifs ont choisi de supplier les grands groupes de ne pas partir via des centaines de milliards d'aides publiques sans contreparties. Depuis 2008, la France consacre plus de 211 milliards d'euros par an en exonérations et aides fiscales et sociales aux entreprises. Le CICE à lui seul, entre 2013 et 2019, a coûté plus de 110 milliards. Pourtant, ces aides n'empêchent plus les plans sociaux : Michelin, Auchan, Sanofi et bien d'autres ont licencié massivement tout en étant parmi les plus grands bénéficiaires des cadeaux fiscaux. Symbio bénéficie elle-même de près de 600 millions d'euros d'argent public (État, région, Union européenne), sans aucune garantie sociale pour les salariés en contrepartie. Ainsi, la situation de Symbio n'est pas un accident industriel isolé, mais l'illustration d'un modèle absurde où l'État finance avec de l'argent public les profits d'actionnaires qui n'ont même pas la décence de protéger les emplois de leurs salariés. Le capitalisme néolibéral, c'est la socialisation des pertes et la privatisation des profits. Face à cela, les propositions de La France insoumise sont claires : conditionner l'ensemble des aides publiques au maintien de l'emploi et à des engagements sociaux et écologiques ; interdire les licenciements dans les entreprises profitables ou distribuant dividendes, stock-options et actions gratuites ; instaurer un pôle public de l'énergie pour protéger l'activité industrielle de la volatilité des prix ; redonner du pouvoir aux salariés via un droit de veto suspensif du CSE sur les restructurations ; permettre la reprise en coopérative grâce à un droit de préemption des salariés et mettre fin au dogme des accords de libre-échange qui détruisent le tissu productif. Aussi, il lui demande quelles mesures immédiates le Gouvernement entend prendre pour empêcher un plan social ou une liquidation de Symbio, garantir le maintien des emplois du site de Saint-Fons et enfin mettre fin au modèle d'aides sans contreparties qui fragilise la souveraineté industrielle du pays.

Réponse ministérielle

Le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique est interrogé sur la situation de l'entreprise Symbio, implantée à Saint-Fons et sur les enjeux qu'elle soulève pour l'emploi et la filière hydrogène en France. Le Gouvernement est pleinement conscient des enjeux sociaux et industriels liés à la restructuration en cours et agit avec détermination pour accompagner cette transition, préserver les emplois et garantir l'avenir de cette filière stratégique. Symbio, acteur majeur de la filière hydrogène grâce à ses capacités de production de piles à combustible hydrogène, est confrontée à une crise majeure suite au retrait de Stellantis, annoncé en juillet 2025, alors que cet actionnaire constituait la majorité de son chiffre d'affaires. Les parties prenantes se sont immédiatement mobilisées pour élaborer un plan stratégique tenant compte du repositionnement nécessaire de l'activité de Symbio assurer la pérennité de son activité pour les prochaines années. Ainsi, un accord de principe a été trouvé entre Stellantis, Michelin, Forvia et l'État, permettant d'écarter le scénario d'une liquidation immédiate et d'assurer la poursuite de l'activité jusqu'en 2028. Les nouveaux paramètres d'activité prévoient une réduction des effectifs de l'entreprise avec la suppression envisagée de 350 emplois sur 508. En conséquence, une procédure d'information consultation du Comité Social et Economique sur un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) a été engagée. Ce processus s'accompagne, en parallèle, de négociations avec la CFDT, seule organisation syndicale présente dans l'entreprise, sur les mesures d'accompagnement, de reclassement et de reconversion des salariés en vue de conclure un accord sur le PSE. Les services de l'État accompagnent activement cette procédure et veillent particulièrement à la qualité du dialogue social, la préservation des compétences essentielles à la R&D et à l'innovation et à la qualité des mesures du PSE incluant également des mesures de prévention des risques psycho-sociaux. Je vous confirme enfin la pleine mobilisation du Gouvernement pour accompagner et soutenir Symbio dans cette phase difficile en veillant à concilier préservation de l'emploi, maintien des compétences et pérennité de l'entreprise. Par ailleurs, les mesures engagées permettent de conforter et sécuriser l'avenir de la filière hydrogène, secteur prioritaire pour la transition énergétique et la souveraineté industrielle de la France, notamment à travers le plan France 2030, qui consacre 9 milliards d'€ à l'hydrogène décarboné. Le Gouvernement est ainsi pleinement engagé pour accompagner cette filière tout en garantissant que les fonds publics servent effectivement l'intérêt général et la souveraineté industrielle de la France.
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Depuis ce retrait, la situation est critique : effondrement des carnets de commande, risques psychosociaux, chute des effectifs de 800 à 530 salariés en un an, plus de cent démissions et un CSE qui alerte désormais sur un risque réel de plan de licenciement voire de liquidation à très court terme. Cette crise locale reflète une crise nationale plus profonde : celle d'un modèle économique néolibéral, financiarisé et soumis à une concurrence mondialisée dérégulée, qui détruit l'appareil productif. Depuis 2017, l'investissement productif a diminué dans l'industrie manufacturière, tandis que les dividendes ont explosé. La productivité du travail, traditionnel atout français, est aujourd'hui inférieure à son niveau de 2017. Dans le même temps, la consommation populaire a reculé sous l'effet des politiques austéritaires et la contraction de la demande pèse lourdement sur l'industrie. La concurrence internationale est par ailleurs faussée : les industries respectent des normes environnementales mieux distantes et font face à un surcoût énergétique par rapport aux concurrents extra-européens. Face à cette situation, les gouvernements successifs ont choisi de supplier les grands groupes de ne pas partir <em>via</em> des centaines de milliards d'aides publiques sans contreparties. Depuis 2008, la France consacre plus de 211 milliards d'euros par an en exonérations et aides fiscales et sociales aux entreprises. Le CICE à lui seul, entre 2013 et 2019, a coûté plus de 110 milliards. Pourtant, ces aides n'empêchent plus les plans sociaux : Michelin, Auchan, Sanofi et bien d'autres ont licencié massivement tout en étant parmi les plus grands bénéficiaires des cadeaux fiscaux. Symbio bénéficie elle-même de près de 600 millions d'euros d'argent public (État, région, Union européenne), sans aucune garantie sociale pour les salariés en contrepartie. Ainsi, la situation de Symbio n'est pas un accident industriel isolé, mais l'illustration d'un modèle absurde où l'État finance avec de l'argent public les profits d'actionnaires qui n'ont même pas la décence de protéger les emplois de leurs salariés. Le capitalisme néolibéral, c'est la socialisation des pertes et la privatisation des profits. 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